dimanche 2 octobre 2011

Libye : Situation désespérée pour les civils de Syrte

Dimanche, les forces du Conseil national de transition (CNT) poursuivaient les combats pour prendre ce bastion à 360 kilomètres à l'est de Tripoli où les pro-Kadhafi opposent une résistance farouche.
Des combattants du CNT ont affirmé dimanche avoir pris un quartier dans le sud-ouest de Syrte. «Nous contrôlons 95% de Bouhadi, un fief de Kadhafi où de nombreux membres de sa famille et de son clan habitaient», a dit Drissi Mayar, ajoutant avoir pris samedi «une petite base militaire après de légers accrochages». Hichem Khadhraoui, un représentant du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui a visité la ville de 70.000 habitants, a affirmé que des blessés et des malades ne pouvaient pas rejoindre l'hôpital à cause des combats et des bombardements de l'Otan. «Plusieurs roquettes ont touché l'intérieur de l'hôpital pendant que nous y étions», a-t-il déclaré, déplorant «beaucoup de tirs aveugles» de roquettes, de canons anti-chars et de mitrailleuses.

L'origine exacte de ces tirs n'a pas pu être établie, a-t-il ajouté, précisant que l'équipe du CICR avait été «surprise» que l'attaque survienne durant sa visite car «toutes les parties avaient été prévenues». Le CICR, qui a fourni 300 kits de soins pour blessés de guerre et 150 linceuls en plastique, a affirmé que les assiégés mouraient par manque de soins de base dus au «manque d'oxygène et de carburant pour le générateur» et que l'hôpital Ibn Sina était privé d'eau car son réservoir avait été touché. Le CNT misait pourtant sur ces conséquences du siège imposé à la ville depuis le 15 septembre.

Selon Hassan Duhan, commandant du conseil militaire à Misrata, les pro-Kadhafi à Syrte ont dit «à la radio qu'ils n'avaient plus d'électricité et qu'ils étaient à court de nourriture et de munitions». Le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil, avait d'ailleurs donné vendredi 48 heures aux civils pour quitter la ville, sans toutefois préciser si ce répit signifiait le lancement d'une vaste offensive dimanche à Syrte, où l'Otan a annoncé avoir touché samedi neuf objectifs militaires.

Des centaines d'habitants entassés dans des voitures chargées de valises et de sacs quittaient encore la ville dimanche en direction de Misrata, a constaté un journaliste de l'AFP.
«Nous partons à cause de la mise en garde d'Abdeljalil», a dit Ibrahim Aagab, qui a affirmé n'être pas parti avant faute d'essence. Tous les habitants n'avaient cependant pas entendu parler de cet appel. Les combattants pro-CNT ont par ailleurs renoncé à combattre samedi après avoir constaté la présence de boucliers humains à Bani Walid, autre fief pro-Kadhafi à 170 km au sud-est de la capitale.
Commentant la situation sur ces deux fronts, le porte-parole du régime déchu, Moussa Ibrahim, a démenti samedi soir sa capture par les anti-Kadhafi lors d'un entretien par téléphone à la télévision Arraï basée en Syrie.

«Cette information est un mensonge et ne reflète pas la réalité. J'étais près du front de Syrte (...), nous avons été attaqués (...) par des rebelles très bien armés. Nous avons eu des morts», a-t-il affirmé, ajoutant que les «les nouvelles de Bani Walid sont excellentes».Par ailleurs, plus d'un mois après la prise de Tripoli par les anti-Kadhafi, les habitants de la capitale sont de plus en plus nombreux à réclamer le départ des centaines de combattants armés venus de tout le pays. «Ils ont toujours leurs armes avec eux et ils tirent en l'air. C'est dangereux et ça fait peur aux gens», déplore Hamza Bonwara, un Tripolitain de 27 ans, qui estime qu'»il est temps qu'ils rentrent chez eux».

Alors que les armes libyennes inquiètent aussi les pays occidentaux qui redoutent leur utilisation par des groupes armés, près de 5.000 missiles anti-aériens SAM-7 issus des arsenaux du «Guide» déchu seraient toujours manquants, selon le CNT.
A Caracas, le président vénézuélien Hugo Chavez a réitéré son soutien au colonel Kadhafi dans un discours à la télévision d'Etat VTV : «Ils sont en train de le traquer pour le tuer. Nul ne sait où se trouve Kadhafi. Je crois qu'il est allé dans le désert», a-t-il déclaré.

Plus de 10.000 missiles sol-air perdus en Libye, selon l'OtanPlus de 10.000 missiles sol-air perdus en Libye, selon l'Otan La trace d'au moins 10.000 missiles sol-air a été perdue en Libye, a estimé un haut responsable militaire de l'Otan, cité dimanche par le site internet de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.
Selon Der Spiegel, le président du Comité militaire qui regroupe les chefs d'état-major des pays de l'Otan, l'amiral Giampaolo Di Paola, a tenu une réunion secrète avec des députés allemands lundi dernier, dans lequel il a exprimé les inquiétudes de l'Alliance atlantique.
«Plus de 10.000 missiles sol-air» qui représentent «une sérieuse menace pour l'aviation civile» pourraient sortir de Libye et se retrouver dans de mauvaises mains «du Kenya à Kunduz» (Afghanistan), leur a déclaré l'amiral, selon le magazine.
Le président du Comité militaire de l'Otan n'a pas donné de précisions sur le type et les capacités des missiles en question.
Le chiffre évoqué par l'amiral Di Paola est cependant le double de celui donné samedi à Benghazi par un responsable militaire du nouveau régime libyen, interrogé sur le risque que de telles armes susceptibles de servir à des attentats contre des avions civils tombent entre les mains d'Al-Qaïda.
Le général Mohamed Adia, chargé de l'armement au sein du ministère de la Défense du Conseil national de transition (CNT), a estimé à «environ 5.000» le nombre de SAM-7 «toujours manquants et dans la nature».
L'officier s'exprimait à Benghazi au cours d'une conférence de presse organisée dans un ancien stock de l'armée du colonel Kadhafi, vaste étendue d'entrepôts rectangulaires dans le quartier périphérique d'al-Masaken.

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